IFL PARIS JANUARY (FR)

Point de vue Julien Bracq, Responsable de l’entreprise Jean Bracq

22 mars 2019

Les « Dentelles Jean Bracq » sont issues d’une longue tradition familiale et de la transmission d’un savoir-faire unique. L’entreprise, fondée en 1889 à Caudry, dans le nord de la France, créé et fabrique pour ses clients prestigieux des dentelles d’exception, reconnues internationalement et très appréciées des maisons de mode et des acteurs du prêt-à-porter de luxe. Rencontre avec Julien Bracq.

Avec la tendance d’une lingerie prêt-à-porter, avez-vous noté une évolution des dentelles ?
Julien Bracq / Il est indéniable que nous connaissons un certain remaniement de la silhouette avec des dessous qui ont pris le dessus. La lingerie ayant adopté les codes du prêt-à-porter, on constate une nette recrudescence de la dentelle rigide alors qu’elle avait toujours été élastique (élasthanne ou lycra). La rigidité apporte une tenue à des pièces qui deviennent ainsi des vêtements de dessous. Cette lingerie qui se montre, qui veut être plus visible et donc plus élaborée nous a donné d’autres perspectives. C’est frais et ça fait du bien, comme cette collaboration avec Livy, la marque du groupe Etam qui travaille de manière différente, avec par exemple des dentelles Leavers rebrodées. En tant que robistes historiques, nous avions rarement été lingers. C’est nouveau que l’on vienne chercher nos bornes prêt-à-porter ou nos chantilles de robes de mariées pour les transformer et faire de la lingerie. Innover est une partie essentielle de notre métier, c’est ce qui nous maintient en mouvement.
Parce que les dentelliers sont avant tout des créateurs et doivent être forces de proposition pour de nouveaux modèles, de nouveaux dessins, de nouvelles compositions. C’est une belle gageure pour nos ateliers.

Qu’entendez-vous par dentelles rigides ?
J.B. / Ce sont des dentelles à majorité de coton, de polyamide coton, polyamide viscose, avec un goût marqué pour les matières naturelles. Nous avons la capacité de proposer 90% coton avec une petite base de polyamide nylon. Des fibres avec une élasticité naturelle certes mais largement plus limitées que les synthétiques auxquels on ne peut pas totalement renoncer.
Nous n’avons pas encore trouvé quelque chose de satisfaisant pour les remplacer.

Utilisez-vous de plus en plus de matières naturelles ?
J.B. / Nous avons beaucoup de demandes sur les matières bio et les matières recyclées : nous commençons à proposer des produits qui contiennent ces fibres-là mais sans avoir la capacité de proposer un produit 100% bio ou entièrement recyclé. Ces fibres spécialement étudiées ne sont pas fabriquées en grande série ce qui complique notre approvisionnement en ce sens. Nous pouvons fournir certains titrages mais avec le phénomène qui s’installe autour de cette demande peut-être pourrons-nous étendre l’offre avec un plus grand volume. Il faut que l’industrie investisse en ce sens pour encourager le mouvement.

Avez-vous des demandes particulières autour du toucher des matières pour plus de confort ?
J.B. / On nous demande effectivement des mains souples. Nous avons historiquement l’habitude de mettre un apprêt qui vient rigidifier les fibres pour avoir une dentelle qui se tient. Pour avoir « une main » facilitant la confection. Le client a toutefois le choix de réduire cette touche amidonnée (il s’agit purement de fécule de pomme de terre) pour avoir un toucher plus souple. Pour éviter les problèmes de confection liés à cette nouvelle souplesse de plus en plus demandée, nous avons travaillé des assouplissants spécifiques. Avec la tendance de cette lingerie émancipée des codes, on se rapproche quand même du cahier des charges de nos clients prêt-à-porter : certaines collections de lingerie sont vraiment conçues et pensées dans des tendances mode, que ce soit par les couleurs, les matières, jusqu’au toucher.

A quel niveau intervient votre expertise ?
J.B. / Beaucoup de moment. On doit se réinventer face à l’extrême concurrence de nos amis asiatiques qui avancent et proposent des choses de plus en plus intéressantes et qualitatives. Ça nous oblige, nous dentelliers historiques français, à encore élever notre niveau de créativité et avoir toujours un coup d’avance. C’est pourquoi nous sommes assistés par des bureaux de style et de tendances. Nous sommes d’une certaine façon des combattants pour maintenir cette dentelle française, considérée partout dans le monde, comme étant la plus créative, la plus belle, la plus solide et la plus innovante. Pour bien expliquer les choses : avec notre dentelle Leavers, on est sur un tissage chaîne et trame fait sur des métiers traditionnels et qui présente cet avantage d’éviter le démaillage avec un important degré de finesse. Si vous mettez un petit coup de ciseaux dans une dentelle Leavers, vous pourrez tirer dessus sans la défaire.
Contrairement à la dentelle tricotée qui essaie de reproduire la notre d’une manière un peu moins noble puisqu’elle va présenter des noeuds.
La différence fondamentale restera quand même le procédé de fabrication qui n’est pas le même et qui ne donne pas les mêmes caractéristiques au produit : pour monter toujours plus en gamme, les dentelles de Calais se renouvellent sans cesse pour faire la différence avec ces dentelles tricotées.

Le design est-il un bon moyen de vous renouveler ?
J.B. / Pour la troisième saison consécutive, nous avons des demandes très précises hors motifs floraux, avec des formes géométriques ou abstraites. On nous demande des choses qui sortent complètement de l’idée première qu’on pourrait avoir d’une dentelle de Calais-Caudry. Pour une maison comme la nôtre, c’est un vrai défi après 130 ans de dessins fleuris et des dentelles Chantilly. Nous réinvitons complètement les motifs, les formes et par conséquent les façons de travailler. Ce renouveau dans le design des dentelles nous ouvre à de nouveaux marchés et des clients hors du circuit classique. Nous pouvons tout à fait imaginer demain ouvrir le spectre et intégrer des collections hommes par exemple, avec du géométrique, de l’abstrait. La dentelle est ce petit supplément d’âme qui va habiller l’habit, habiller la lingerie.

Restez au courant des actualités du salon et du marché

Inscrivez-vous à la newsletter

Je suis

Rejoignez-nous sur les réseaux sociaux