SYLVIE MAYSONNAVE, the Exception

26 février 2019

Pour la troisième année consécutive, Sylvie Maysonnave a prit la direction artistique de l’espace The Exception d’Interfilière janvier. Sollicitée pour son expertise de la mode sur les matières naturelles, elle se devait d’élargir le champ de vision de la lingerie avec une perspective plus globale, qui selon elle, touche à l’intime : « ce besoin d’un retour au naturel nous touche sous toutes ses formes, comme un art de vivre, dans la maison, dans nos
assiettes et nos armoires », explique Sylvie. « Cela se traduit en diététique, dans l’ameublement et surtout dans le homewear, une partie importante de la lingerie. Il y a peut-être quelque chose de plus moderne à proposer une lingerie épurée, brute, primitive mais qui n’en reste pas moins raffinée. Il y a une vraie tendance à s’orienter vers quelque chose de plus authentique, plus simple. »

Dans quel contexte avez-vous pensé cette exposition ?
Sylvie Maysonnave / Si on ne sait pas bien encore vers où va la mode, il y a clairement un besoin d’authenticité, avec un goût actuel pour le rétro. Il y a effectivement dans le retour au naturel quelque chose d’assez nostalgique. Et d’oriental, disons d’une Asie rêvée : le bien-être à l’orientale est généralement véhiculé dans plusieurs domaines comme la beauté, le design ou encore la mode. Aller vers le naturel relève ici du soin d’une certaine façon.
Les femmes attendent une offre qui ne soit pas contradictoire entre le dessous et le dessus. Depuis les années 80, on peut noter qu’il y a de plus en plus d’éléments du dessous qui sont passés dessus. C’est d’ailleurs un axe de développement de l’industrie de la lingerie que d’apparaître au grand jour avec cet autre enjeu très important de l’éco-responsabilité. Identifier des créateurs qui travaillent autour des fibres naturelles n’était pas très compliqué tant c’est dans l’air du temps : toutefois, la difficulté était de faire le lien avec l’univers de la lingerie. Si le homewear est ce qui s’approche le plus du vêtement avec des matières
confortables intégrées au quotidien, la lingerie a ses propres codes irrémédiablement liés à l’élasthanne. On ne reviendra pas en arrière. On est certes sur un esprit du naturel mais on ne peut pas demander aux femmes de renoncer au confort en revenant au pur coton. C’est pourquoi nous sommes dans un esprit de naturel mais pas à 100%, c’est quasiment impossible.
On tend plus vers un esprit naturel qu’une fabrication 100% naturelle. Les fibres artificielles s’approchent le plus possible du touché naturel, voire d’un esprit naturel, dans la couleur et l’imprimé.

Comment la mode utilise cet esprit du recyclage ?
S.M. / Nous avons identifié des créateurs couture qui travaillent autour de cet esprit. Je suis allée voir Gustavo Lins avec lequel j’avais travaillé sur le recyclage de kimonos anciens. Je trouvais que c’était un lien intéressant entre la couture, le recyclage et l’esprit de la lingerie : le kimono est à la base un vêtement d’extérieur mais qui s’intègre très bien à l’esprit homewear. Beaucoup de pièces du vêtement d’intérieur sont dérivées du kimono. Une autre jeune créatrice issue de l’Institut Français de la Mode, May Bernardi trouve sa place sur l’exposition, avec des choses très intéressantes sur des bases de matières naturelles. Nous avons identifié deux jeunes créatrices qui font partie des Ateliers de Paris et qui travaillent sur le recyclage ou sur l’utilisation de multiples matières naturelles dans la création textile. Ça va jusqu’au travail de la
matière animale. Lucie Touré travaille autour du papier avec des échantillonnages de broderie très délicats qui pourraient tout à fait être pensés dans un esprit lingerie. Avec Charlotte Kaufman, on est sur le tissage de matières végétales. Igor Brossman nous a fait un kimono en maille de papier. Nous exposerons d’ailleurs sur des tables en papier créées par Igor. Virginie Gallégo et Fabien Desportes collaborent beaucoup avec le Japon dont ils sont très inspirés. Ils ne travaillent que le coton et le lin pour des robes-chemises à l’ancienne. Dans leur boutique, tout un esprit d’intérieur autour de leurs collections raconte l’histoire d’une maison au naturel assez importante.

Quel est l’objectif de cette exposition ?
S.M. / The Exception est une manière de nourrir l’imaginaire de l’industrie de la lingerie pour aller vers une démarche responsable. Il s’agit plus pour nous de donner des sources d’inspiration aux industriels avec des échantillons dont la production reste encore anecdotique. Il faudrait arriver à industrialiser des fibres utilisées de manière artisanale et rendre les matières naturelles accessibles au plus grand nombre. L’idée
serait d’aller chercher plus loin, pour faire en sorte de développer quelque chose de plus vertueux. La lingerie doit toutefois rester abordable : il faudrait arriver à produire à moindre coût pour que ce soit utilisé dans la lingerie.

Charlotte Kaufman

Restez au courant des actualités du salon et du marché

Inscrivez-vous à la newsletter

Je suis

Rejoignez-nous sur les réseaux sociaux